Retrouvez ici une chronique que nous publions chaque samedi dans Var-Matin dédiée à une espèce animale, que vous pouvez observer, régulièrement ou moins, dans les salins d'Hyères, réserve ornithologique incroyablement riche.

Courlis cendré © Aurélien AudevardC’est dans les grandes zones ouvertes, où se mêlent salicornes, vasières et petites pièces d’eau que nous retrouvons l’oiseau de la semaine. Vous l’entendrez bien plus vite que vous ne le verrez, avec son cri « couuu-li » nasillard et puissant ». Une fois son plumage cryptique détecté, vous apercevrez un grand oiseau au long bec démesuré prêt à s’envoler au moindre danger. Le Courlis cendré est l’un de ces limicoles hivernants, au statut de conservation des plus précaires…

Faucon pèlerin © Christian AussaguelLes falaises maritimes, battues par les vents et la houle hivernale, semblent un endroit bien hostile pour la vie animale. Posé sur un grand rocher, un rapace au casque sombre, à la carrure et l’aérodynamique remarquable trône tout en surveillant son territoire. Consacré au dieu Horus dans l’Egypte ancienne par de nombreuses représentations, le Faucon pèlerin a traversé plusieurs milliers d’années pour devenir une parfaite machine à voler et à capturer des oiseaux. Cette histoire n’a pas été sans heurts et son destin a bien failli basculer au siècle dernier sous les réformes cynégétiques meurtrières ou l’empoisonnement silencieux par les pesticides organochlorés.

Hibou moyen duc © Aurélien AudevardLa faune nocturne reste une grande inconnue du public, celle-ci étant souvent synonyme de mystère, d’inconnu ou de peur. Il y a encore peu les croyances populaires, notamment dans les civilisations romaines, faisaient des rapaces nocturnes des oiseaux de mauvaises augures ou de malheur, si bien qu’on les accrochait aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort. Accusés à tort, les chouettes et les hiboux sont désormais protégés et leur utilité reconnue. Le Hibou moyen-duc est l’un de ses oiseaux nocturnes réhabilités.

Harle huppé © Aurélien AudevardAvec sa silhouette effilée et son coup reptilien, un oiseau d’eau étrange, mi-canard, mi-grèbe plonge inlassablement dans le canal des salins. A chaque immersion, des dizaines de petits poissons font surface en une explosion d’éclats argentés ! Ils sont la cible de notre oiseau, qui les poursuit jusqu’à en être rassasié. Souvent confondu avec les cormorans ou les grèbes, le Harle huppé est un migrateur venu du nord, un pêcheur pourvu d’un bec en scie !

Bouvreuil pivoine © Jean-Marie PonceletQuelque part en presqu’île de Giens, un oiseau très discret malgré son corps trapu et sa coloration rouge orangé, émet des « diou » mélancoliques dans le haut d’un arbre. Il est pourtant difficile de croire que cette boule colorée est un oiseau et non un fruit mur oublié. Un mâle de Bouvreuil pivoine trône fièrement sur une branche du jardin, alors qu’une femelle passée jusque-là inaperçue, le rejoint. Cette espèce exceptionnelle sur le littoral varois, ne se contacte dans la région que dans les forêts d’altitudes notamment sur les contreforts des Alpes. Avec les invasions de Mésanges noires et de Grosbec casse-noyaux dont nous vous parlions les semaines précédentes, c’est une nouvelle espèce inhabituelle qui fait son apparition avec deux oiseaux bagués récemment à Hyères.

Pipit à dos olive © Aurélien AudevardCe jeudi 26 octobre 2017, une espèce remarquable a pu être observée par l’équipe de la LPO PACA en charge des suivis ornithologiques des salins d’Hyères. L’enregistrement sonore réalisé au cours de l’observation brève de cet oiseau a pu permettre d’identifier avec certitude ce migrateur rarissime : le Pipit à dos olive ! Proche cousin du Pipit des arbres, cette espèce originaire de Sibérie apparaît occasionnellement en Europe de l’ouest et reste difficilement identifiable notamment en vol. Il aura fallu l’analyse de sonagrammes pour valider l’identité de notre oiseau.

Grive musicienne © Aurélien AudevardC’est au lever du jour dans un ciel d’octobre chargé de nuages, que l’on entend des « tsic » brefs et incisifs. Haut dans le ciel, des passereaux de grande taille par groupes de quatre ou cinq oiseaux filent vers l’ouest après avoir contournés la presqu’île de Giens. Certains d’entre eux s’arrêtent après une longue nuit de migration pour s’alimenter d’olives, de graines de pistachiers ou de quelques escargots trouvés dans les sous-bois. Caché au sol, un oiseau de belle taille à la poitrine blanche ponctuée de petites tâches en forme de cœur, fouille le sol à coups de bec. Ce turdidé n’est autre que la Grive musicienne, espèce malheureusement très appréciée des chasseurs, en route vers ses quartiers d’hivernage dans la péninsule ibérique.

Pinson des arbres © Aurélien AudevardC’est vers la mi-octobre, alors que le froid gagne l’Europe centrale que les passereaux quittent leurs sites de reproduction. Des centaines de milliers d’oiseaux transitent donc vers l’Ouest de l’Europe en contournant les Alpes par le sud, puis traversent l’Italie et la partie méridionale de la France. De nombreuses espèces suivent cette voie migratoire mais la plus commune et la plus représentée est sans aucun doute le Pinson des arbres, fringille aux couleurs délicates et au chant mélodieux.

Gros bec casse-noyaux © Aurélien AudevardSouvent timide et caché dans la cime des arbres, un gros passereau émet des « tiek » brefs suivis par des « tsii-iiih » trainants et aigus. Le passereau de cette semaine est une véritable force de la nature, capable de briser des noyaux de cerise d’une pression de bec. Pas plus gros qu’un étourneau, le Grosbec casse-noyaux passe son temps immobile dans les frondaisons des arbres, occupé à chercher des graines. Comme pour la Mésange noire, les contacts sur le littoral varois sont habituellement rares mais se multiplient cet automne, montrant sans doute une disette alimentaire en Europe centrale.

Mésange noire © Aurélien AudevardDe longs cris aigus « Tu..tsi » animent cette belle matinée d’octobre. Ce ne sont pas un, mais des dizaines de petits oiseaux qui explorent les pins à la recherche de nourriture. Petite cousine de notre Mésange charbonnière, espèce avec laquelle elle est malheureusement souvent confondue, la Mésange noire est cependant une hôte peu commune le long du littoral varois. Cet automne 2017 voit une invasion de cette espèce qui s’annonce comme exceptionnelle!