Le Moro-sphinx

Moro sphynx © Aurélien AudevardDans le jardin, les massifs de lavande accueillent une multitude de papillons multicolores et d’abeilles, tous très occupés à butiner le précieux nectar. Un insecte de petite taille, en vol stationnaire et d’une rapidité extraordinaire, explore tour à tour, les fleurs odorantes de sa trompe démesurée. Souvent confondu avec un colibri, espèce d’oiseau uniquement présente sur le continent américain, le Moro-sphinx est bien un papillon, capable tel un drone de vols stationnaires et de pointes de vitesse assez extraordinaires.

 

Qui est-il ?

Le Moro-sphinx est souvent affublé de nombreux noms tels que Sphinx colibri, Sphinx moineau, Sphinx queue de canard et on dénombre quelques 31 appellations différentes. Quand on arrive à le voir posé, il est de couleur grise, marbré de fines lignes noires sur les ailes postérieures, avec un thorax large et un peu plus foncé, se terminant par un semblant de queue noir et blanc. Ses ailes postérieures présentent des zones jaune-orangé. Bien que visible uniquement le jour, le Moro-sphinx n’est autre qu’un papillon de nuit ! Les antennes renflées et la disposition étagée de ses ailes (parallèles au corps) sont des caractéristiques morphologiques propres aux papillons nocturnes. Autre particularité de notre papillon, son vol stationnaire durant lequel il est capable de battre des ailes, 75 fois par secondes ! Cette prouesse technique lui permet également d’atteindre aisément les cinquante kilomètres par heure ou d’être particulièrement réactif face à une attaque d’un prédateur. Autant vous dire, qu’il n’est pas simple de le capturer.
Solitaire et vagabond il aime fréquenter les lieux secs et ensoleillés, les carrières, les prairies et les zones habitées pourvus de jardins.

 

Comme de nombreux papillons, le Moro-sphinx est strictement dépendant d’une plante ou d’une famille de plantes nourricières sur laquelle il va pondre ses œufs, afin d’assurer sa descendance. Dans le cas de notre papillon colibri, les gaillets blanc, jaune ou gratteron et la Garance sauvage sont autant de végétaux qui pourront accueillir ses chenilles. La femelle peut pondre jusqu’à 200 œufs, les déposant un à un ou par paire au niveau des fleurs et bourgeons de la plante. Après l’éclosion, il faut environ un mois pour que la chenille parvienne à réaliser sa croissance complète. Verte ou brune, elle est systématiquement ponctuée de blanc, doublement "lignée" latéralement et pourvue d’une corne sombre à pointe orangée. Elle construit un cocon sommaire au sol, profitant de la végétation herbacée, de la litière ou encore des mousses. Après un mois, le papillon éclos enfin, prêt à animer le jardin de ses vols spectaculaires.

 

Véritable espèce migratrice, ce papillon nous arrive principalement du Maghreb et réalise deux générations. Une partie de la seconde peut hiverner à l'état de chrysalide, et l'autre entreprendre une migration inverse vers l’Afrique du Nord. Néanmoins, de nombreux cas d’hivernage de papillons adultes s'observent de plus en plus fréquemment dans le sud de la France, conséquence semble-t-il du réchauffement climatique. Avec une durée de vie pouvant dépasser les deux ans et une aptitude à parcourir plus de 3000 kilomètres durant celle-ci, on peut véritablement classer le Moro-sphinx parmi les papillons exceptionnels !

 

Pour le voir

Le Moro-sphinx est une espèce commune que l’on rencontre assez facilement à Hyères mais également un peu partout en France. On le trouve également dans tout l’hémisphère Nord tempéré, en Afrique du Nord et jusqu’en Asie. Le meilleur moyen pour l’attirer, est de disposer d’un jardin fleuri avec de beaux massifs de lavandes, ce qui vous permettra à coup sûr d’admirer cette formule 1 parmi nos papillons !