Le Puffin yelkouan

Puffin yelkouan © Aurélien AudevardAlors que la pénombre vient de gagner toute l’île de Porquerolles, le calme règne le long des falaises. En mer, l’effervescence se fait sentir. Des centaines d’oiseaux longent la côte, les uns derrière les autres dans un vol rapide et nerveux, entrecoupé de planés. Après avoir passés de longs jours en mer, ils regagnent leurs terriers dans les parois accidentées et les éboulis rocheux. L’arrivée du Puffin yelkouan se fait à la nuit noire, accompagnée de longs gémissements inquiétants.

 

Qui est-il ?

Le Puffin yelkouan est un oiseau qui appartient à la famille des Procellariidés, autrement dit à la famille des pétrels, des damiers ou des prions, espèces pélagiques par excellence. En effet, ils passent une grande partie de l'année en haute mer et ne rejoignent la terre que pour se reproduire. Avec ses 420 grammes pour une envergure de 80 centimètres, le Puffin yelkouan est un oiseau marin de couleur brun noirâtre sur le dessus et blanc sur le dessous. Cette caractéristique lui permet d’être parfaitement mimétique lorsqu’il est en vol dans les vagues ou vis-à-vis de ses proies lorsqu’il est posé à la surface de l’eau. Son bec est long, fin et pourvu d’une extrémité crochue. L’arrière de sa joue et le dessous de sa queue sont sombres, lui permettant d’être distingué des autres espèces de puffins. En vol, ses pattes dépassent légèrement de sa queue courte.

 

Le Puffin yelkouan malgré sa vie maritime, doit chaque année retourner à sa vie insulaire. Dès le mois d’octobre et à la nuit venue, des prospecteurs vont revenir à terre pour visiter leurs colonies où ils émettent leur chant rauque et sonore, dans les terriers choisis. Ce sont les îles et les îlots, disposant de fissures profondes, de terriers sinueux et profonds localisés dans les falaises ou les amas rocheux qui ont sa préférence. A la fin de l’hiver, l’accouplement a lieu dans le futur site de nidification. La femelle pond un œuf blanc unique entre mi-mars et début avril, à même le sol du terrier, et sera couvé par les deux partenaires durant 50 jours. Le poussin éclot en mai et reste dépendant de ses parents durant 70 jours et ne prendra son envol qu’en juillet. Durant l’élevage, les parents peuvent s’absenter durant plusieurs jours pour partir à la recherche de nourriture loin de leur terrier.

 

Capable de plonger à 40 mètres de profondeur, le régime alimentaire du Puffin Yelkouan est constitué de poissons et de crustacés pélagiques. Il montre également une capacité à se nourrir à l’arrière des bateaux de pêche, récupérant les déchets ou les poissons rejetés à la mer.

 

Ce puffin est strictement endémique du bassin méditerranéen et l’essentiel de la population mondiale se reproduit sur la rive nord de la Méditerranée depuis le littoral provençal à l’ouest, jusqu’à la Turquie à l’est. Pour autant, la distribution de l’espèce reste mal connue. Les principales colonies semblent situées en Sardaigne, sur des îles de la mer tyrrhénienne, au niveau du Canal de Sicile, les îles d’Hyères, de Malte, et probablement en Turquie. On retrouve de petites colonies sur les îles de Marseille, les îles grecques, croates, bulgares et algériennes.

 

Le Puffin yelkouan a un statut défavorable et reste inscrit à la liste rouge de la faune menacée de France, dans la catégorie « En danger ». Au vue de l’importance de la région PACA pour la reproduction de cette espèce qui accueille 95 % de la population française, mais aussi par le très faible nombre de sites de reproduction (Iles d’Hyères et de Marseille), on comprend mieux la très grande vulnérabilité de cette espèce. Les principales menaces pesant sur l’espèce sont le Rat noir, qui exerce une prédation importante sur les œufs et les jeunes poussins ou les chats domestiques capables de capturer des adultes. A cela, s’ajoute les accidents par les engins de pêche (filets et palangre) lors des déplacements des oiseaux dans le golfe du Lion lors de leur recherche de nourriture.

 

Réactualisation des effectifs nicheurs…

Nicheur rare et localisé, les îles d’Hyères accueillaient en 2007 la quasi-totalité de la population française de Puffin yelkouan avec de 613 à 1044 couples. Afin de réactualiser les effectifs nicheurs de cette espèce à enjeux et menacée, un recensement est réalisé par la Ligue de Protection des Oiseaux PACA à la demande et en partenariat avec le Parc National de Port-Cros, sur les trois prochaines années (2017-2019). Le recensement de l’île de Porquerolles a pu être effectué cette année avec une fourchette comprise entre 36 et 79 couples nicheurs.