Régale © Charly GicqueauC’est une observation remarquable que nous vous rapportons cette semaine, celle d’un poisson légendaire trouvé échoué sur l’île de Port-Cros le 5 avril par un agent du Parc national.

Longtemps pris pour un serpent de mer, le Régalec a suscité de nombreuses légendes notamment à cause de son aspect étonnant et de sa rareté, si bien que les marins pêcheurs le désignaient comme le roi des harengs et des saumons dans leurs migrations. Ce poisson osseux, le plus long du monde est très mal connu et n’a été filmé que 5 fois dans son milieu naturel, ses autres observations ne concernent bien souvent que des spécimens morts ou agonisants sur les plages. L’individu de 1m50 de Port-Cros a quant à lui été ramené en mer pour rejoindre les profondeurs.

 

Qui est-il ?

Le Régalec est le plus grand poisson osseux du monde. Il peut atteindre 11 mètres de long pour un poids de plus de 200 kilos, si bien qu’on peut comprendre aisément le mythe suscité du Serpent de mer ! Son corps est en forme de ruban, très long et plat de couleur argenté, pourvu de quelques taches sombres. Une nageoire dorsale rouge vif et brillante est présente tout le long de son dos et ondule en permanence. Au début de la tête ronde, cette nageoire est démesurément longue et ressemblent à des antennes qui surmontent deux gros yeux globuleux noirs. Deux autres nageoires pelviennes extrêmement longues sont également visibles. Etrangement, notre poisson sait aussi bien nager horizontalement que verticalement, mais on le retrouve bien souvent droit comme un I, la tête orientée vers la surface tout en restant capable de se mouvoir rapidement. Certains gros spécimens sont capables de perdre leur queue, afin d’économiser de l’énergie dans leur déplacement. Ce phénomène d’autotomie est unique chez les poissons.

Le Régalec est un poisson pélagique, hôte des profondeurs, pouvant aller à plus de 1000 mètres, mais s’approchant de la surface pour se nourrir. Il possède deux organes bioluminescents qu’il porte sur le front et sous le menton qui lui permettent d’attirer sa nourriture principalement composée de plancton animal (krill).

Présent dans de nombreux océans, à l’exception de l’Arctique et de l’Antarctique, les dernières études scientifiques montreraient que deux espèces distinctes existent, une en méditerranée et une autre dans le Pacifique. Par un heureux concours de circonstances, il y a quelques années, un plongeur travaillant sur une bouée océanographique à une soixantaine de kilomètres au large de Nice, a pu observer l’animal mythique pour la première fois dans son environnement. En nettoyant les capteurs optiques, le plongeur a vraisemblablement créé des sons qui ont été détectés par le poisson, le faisant remonter vers la surface. Les scientifiques du monde entier ont depuis profité de cette opportunité pour étudier le Régalec, permettant de découvrir que l’odorat avait aussi une importance prépondérante dans les rencontres entre individus mais aussi pour la détection de sa nourriture. Un documentaire lui a d’ailleurs été consacré en 2015 sur Arte permettant de casser enfin la légende du serpent marin sanguinaire, capable de dévorer les navires d’un seul coup de gueule.

Depuis deux siècles, moins de 250 échouages de Régalec ont été recensés sur les côtes tempérées du monde entier. L’observation réalisée à Port-Cros est donc un petit évènement dans le monde naturaliste.

Si vous l’observer n’hésitez pas à transmettre vos observations à la base de données Fish Watch Forum qui a pour but de collecter et rassembler les observations sur les poissons marins d'Europe de l'Ouest et de Méditerranée : http://www.fish-watch.org