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Grand cormoran © Aurélien AudevardDes oiseaux noirs regroupés en grand nombre animent par leurs cris gutturaux ce début de matinée sur les salins d’Hyères. Alors que certains pêchent activement, d’autres ailes écartées comme des épouvantails lugubres ornent les rares piquets encore disponibles. Buffon d’ailleurs, l’appelé le « Corbeau de mer » mais notre oiseau n’en a que peu de similarités mais reste la cible de nombreux détracteurs. Le Grand cormoran, puisque c’est de lui dont il s’agit, appartient à la famille des pélicans et reste un amateur de poissons. De passage ou hivernant, de nombreux oiseaux se rencontrent dans le Var à la mauvaise saison, avant de remonter au printemps prochain vers le nord de l’Europe.

 

Qui est-il ?

Le Grand cormoran mesure environ 85 centimètres pour 2,5 à 3 kilogrammes selon ses populations d’origine. Encore très récemment, il était représenté en France par une sous espèce continentale et une sous-espèce maritime, assez distinctes par leurs habitats et leurs écologies. Mais des études ont montré récemment que cela était bien plus complexe que l’on ne le pensait, avec des populations atlantiques ayant tendance à pénétrer plus à l’intérieur des terres et par la découverte d’une troisième sous espèce « norvegicus », présente dans les colonies côtières s’étalant de la Norvège à la Bretagne !

Oiseau plongeur par excellence, ses pattes noires et puissantes sont entièrement palmées. En hiver, l’adulte est un oiseau noir à la silhouette caractéristique notamment lorsqu’il étire son cou ou lorsqu’il étale ses ailes. D’ailleurs, Il présente un bec fort, noir en son bout, jaune à sa base mais surtout crochu, spécialement conçu pour la capture des poissons. Il présente une joue et une gorge blanches. En s’approchant un peu plus, on peut se rendre compte que le plumage apparemment funeste du Grand cormoran est un mélange magnifique de plumes écailleuses, où se mêlent le bronze et des irisations de vert. Son œil émeraude vient également ornementer la tête de cet oiseau. Avec l’acquisition du plumage nuptial à la fin de l’hiver, la tête, la nuque et le haut des cuisses se parent de plumes blanches. En vol, les Grands cormorans se rassemblent en formant un « V » caractéristique rappelant les Grues cendrées ou les oies, mais leurs vols rapides et saccadés, les en différencient.

Le Grand cormoran pêche souvent en groupe et se nourrit principalement de poissons qu’il capture dans une faible profondeur d’eau. Souvent exagérée et décriée, sa ration journalière a été étudiée dans de nombreux pays et tourne entre 860 grammes en période de reproduction (pour le nourrissage des jeunes) à 360 grammes en période hivernale. Ces études montrent également sa préférence pour des espèces délaissées des pêcheurs, comme le Poisson chat, la Tanche, la Brème ou la Perche. Son impact dans le milieu naturel a été étudié et reste peu important, mais il en est tout autre lorsque le cormoran trouve une pisciculture où le poisson est très concentré et surtout élevé à des fins commerciales. Mais peut-on vraiment lui en vouloir de préférer la facilité ?

Le Grand cormoran rejoint ses colonies de reproduction dès la fin du mois de décembre. Grégaire, la taille des colonies reste variable et étroitement liée à la taille des zones pêche alentours. Le nid est un amas de branchages et d'algues, tapissé de matériaux plus fins en son centre, construit soit sur un arbre bas, soit sur le sol ou une corniche de falaise. 3 à 4 œufs sont déposés par la femelle et, couvés par les deux partenaires durant 29 à 31 jours. Après 50 jours d’élevage, les jeunes sont capables de voler.

Massivement chassé jusqu’à la seconde guerre mondiale, le Grand cormoran a failli disparaître de l’avifaune européenne puisqu’il ne restait plus que 5300 couples en 1970, alors qu’aujourd’hui on en compte quelques 340 000. Protégées depuis 1975, les populations ont connu une expansion accentuée par la multiplication des plans d’eau artificiels et l’eutrophisation généralisée des eaux intérieures d’Europe de l’Ouest. Cependant, des tirs de limitation sont accordés chaque année en France, notamment à la demande des fédérations de pêche.
Le Grand cormoran possède une très large répartition mondiale, où il est absent seulement du continent sud-américain et de l’Antarctique. Autant dire qu’on le trouve dans tous les pays européen. En France, il niche principalement (8700 couples) au nord d’une ligne reliant la Charente-Maritime à la Haute-Savoie.

 

Pour le voir…

Le Grand cormoran est une espèce très commune sur le littoral varois et sur les salins d’Hyères. Chaque année en fin d’automne, c’est le moment idéal pour le contacter puisque des centaines de migrateurs en provenance de Suède, de Norvège, de Hollande ou de Suisse rejoignent le littoral varois. Afin de mettre toutes les chances de votre côté pour l’observer, des sorties nature dans les salins de Hyères sont organisées par la Ligue pour la Protection des Oiseaux en partenariat avec la Communauté d’Agglomération Toulon Provence Méditerranée. Peut-être aurez-vous l’occasion de faire sa connaissance en compagnie de spécialistes des oiseaux. La prochaine sortie est prévue le 14 décembre à 09h00 aux salins des Pesquiers. Pour réserver votre place, contactez le 04 94 01 09 77.