Vautours du Verdon

Localisation : Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Calendrier de réalisation: 2010

Description :
fauve_vol.jpgAu 19ème siècle, le Vautour fauve était présent dans les zones montagneuses de la Provence aux Pyrénées. Dans les années 1960, 20 à 30 couples subsistaient dans les Pyrénées occidentales. Sous l’impulsion des associations de protection de la nature, la conservation de l’espèce est alors mise en place par la sensibilisation des éleveurs et chasseurs, l’interdiction de la strychnine, la protection légale, la création de charniers, la protection et la surveillance des sites de nidification. Les effectifs remontent progressivement à l’instar de la population ibérique. Le premier programme de réintroduction émerge dans les Causses où le Vautour fauve avait disparu au milieu du 20ème siècle. Il débute dans les gorges de la Jonte en 1981, initié par le Fond d’Intervention pour les Rapaces (mission Rapaces de la LPO) et le Parc National des Cévennes. Le « Projet de réintroduction du Vautour fauve (Gyps fulvus) dans la région naturelle du Verdon » a été rédigé en 1994. Le 16 octobre 1999, les 12 premiers vautours sont libérés à Rougon, dans les gorges du Verdon. Au total, 91 vautours seront libérés jusqu’en 2005. La colonie se reproduit naturellement depuis 2002 et 74 juvéniles se sont envolés des falaises du Grand Canyon. En 2009, elle comprend entre 100 et 120 individus et 40 couples. Son domaine vital s’étend sur 530 000 hectares. Ces résultats valident la réussite de ce programme. Grâce à la présence des vautours fauves, le Vautour percnoptère (Neophron percnopterus), petit vautour migrateur très rare en Provence est revenu naturellement fréquenter les gorges et le charnier des vautours. Un couple s’est reproduit en 2007 (échec pendant l’élevage des 2 poussins) et 2008 (échec à l’éclosion). Suite à ce succès, le souhait de reconstitution du cortège des rapaces charognards se poursuit avec le Vautour moine (Aegypius monachus). Le programme de réintroduction du Vautour moine dans les Alpes du Sud s’opère en simultané dans les Baronnies et le Verdon où les 2 premiers vautours ont été libérés le 20 août 2005. Il s’inscrit dans le Plan national de restauration du Vautour moine piloté par le Ministère chargé de l’Environnement (MEEDDAT) et dans la stratégie européenne portée par la Black Vulture Conservation Foundation (BVCF). Depuis 2005, 11 vautours moines ont été réintroduits dans le Verdon.

Objectifs opérationnels :
Les programmes de réintroduction et de conservation des vautours fauves et moines ont pour objectif la recolonisation des Alpes du sud et, plus largement, des anciennes aires de répartition européennes de ces espèces menacées. A partir des paramètres écologiques des espèces et de l’expérience acquise lors des précédentes opérations de réintroduction (Causses, Gorges de la Vis et Baronnies), de tels programmes se réalisent selon deux phases :
1. La fixation d'une colonie nicheuse, à moyen terme
Cet objectif correspond à la réintroduction sensu stricto en libérant des vautours subadultes (méthode des volières) ou juvéniles (méthode du taquet) chaque année pour atteindre un effectif minimal d’une cinquantaine d’individus. A leur maturité sexuelle, ces oiseaux forment des couples et nichent à proximité du site de lâcher. Les premières nidifications sont un indice de fixation de la colonie. Cette phase est considérée comme une réussite à partir du moment où les premiers oiseaux nés en nature se reproduisent sur le site. C’est actuellement le cas pour la population de Vautour fauve du Verdon. Cette phase est actuellement en cours pour le Vautour moine (11 oiseaux libérés depuis 2005).
2. L’émancipation alimentaire, à long terme
Dans un deuxième temps, l’émancipation alimentaire des vautours sera atteinte par la dispersion des points d’alimentation et par la mise en place de charniers « légers » (placettes d’alimentation) autogérés par des éleveurs volontaires d’ovins et caprins. Six placettes sont actuellement en fonctionnement. Ce dispositif rentre dans le cadre législatif des décisions de la Commission européenne du 12 mai 2003 et du 25 novembre 2005.

Description des actions principales :
1. Suivi ornithologique
Evolution colonie Vautours du VerdonCe programme qui a débuté en 1999 est actuellement dans une phase charnière et déterminante pour la conservation des vautours dans les gorges du Verdon. Le suivi ornithologique assuré par une équipe permanente permettra de garantir la pérennité de la colonie de vautours fauves et de poursuivre la réintroduction du Vautour moine. Le bilan ornithologique est globalement très positif. Forte d’une centaine d’individus, la colonie de Vautour fauve croit maintenant naturellement et s’émancipe progressivement du point de vue alimentaire. La nidification des premiers vautours nés sur place confirme d’ores et déjà l’objectif initial de fixation d’une colonie.
Objectifs 2010-2012 :
Libération de 3 à 6 vautours moines par an.
Suivi de la reproduction de la colonie de Vautour fauve et du couple de Vautour percnoptère.
Suivi individuel par lecture de bague, baguage d’au moins 50% des jeunes vautours fauves au nid.
Animation du réseau d’observateurs, collecte et géoréférencement des données, cartographies annuelles des déplacements et des curées en PACA.
2. Equarrissage naturel et alimentation des vautours

Les Vautours fauves et moines sont des oiseaux nécrophages qui jouent leur rôle d’équarrisseurs naturels en éliminant les cadavres d’ongulés dans les alpages de Haute-Provence. Leur présence est fortement liée à l’Homme et au pastoralisme (quelques rares colonies en Europe vivent en autosuffisance avec des populations d’ongulés sauvages). Le charnier et les volières sont approvisionnés par des carcasses d’ovins et de caprins (pertes d’élevage) collectées dans les conteneurs réfrigérés situés sur les communes de Saint-André-les-Alpes et Digne, et directement chez certains éleveurs. Depuis 1999, plus de 205 tonnes de cadavres d’ovins et de caprins ont été éliminés par l’équarrissage naturel en les mettant à disposition des vautours.
Avec le soutien du Conseil régional PACA et de la Fondation de France, le projet intitulé « Faciliter l’équarrissage ovin pour protéger les vautours dans le Verdon » a pu démarrer en 2004. Il s’agit de développer un trait d’union entre le pastoralisme, la protection de la nature et un projet écotouristique durable au travers de l’équarrissage naturel. Il se décline sur plusieurs étapes et actions :
Mise en place d’un comité de pilotage en mai 2004,
Enquête auprès de 65 éleveurs locaux au cours de l’été 2004,
Création de la première placette d’alimentation en 2005 avec un éleveur ovin de la Palud sur Verdon.
Edition d’un numéro spécial de la revue de la LPO PACA Faune et Nature intitulé « Pastoralisme et vautours : une association écologique et ancestrale ». C’est un bilan du programme vautour et un guide technique pour la mise en place de placettes d’alimentation. Il constitue un mémento indispensable pour monter les dossiers techniques de création de placettes d’alimentation. Tiré à 1000 exemplaires, il a été diffusé à tous les éleveurs locaux et aux partenaires.
Création de 5 placettes d’alimentation en 2007 avec des éleveurs ovins de la Palud sur Verdon et de Castellane.
Objectifs 2010 :
Poursuivre la collecte et la mise à disposition de cadavres sur le charnier principal à Rougon.
Suivi des placettes existantes.
3. Valorisation du programme de réintroduction des vautours
Le programme de réintroduction des vautours dans le Verdon permet de sensibiliser le grand public à l’écologie de la conservation. Depuis le début du programme, 78 articles de presse, 1 sujet radiophonique et 16 sujets télévisés ont traité des vautours du Verdon. L’actualité des vautours du Verdon est aussi publiée régulièrement dans le « LPO PACA Infos » et surtout sur le site web des vautours du Verdon http://verdon.lpo.fr qui est mis à jour très régulièrement en fonction des actualités du programme. Depuis sa création en 2004, il a reçu la visite de 37000 internautes. La plaquette-poster « Partez à la découverte des vautours du Verdon » éditée en septembre 2007 à 43000 exemplaires est diffusée lors des animations et via les structures touristiques sur le territoire du Verdon (offices de tourisme, camping, hôtels). Elle sera probablement rééditée en 2012.
Les sorties de découverte des vautours à Rougon sont reconduites depuis l’été 2000 en raison de leur succès auprès des touristes. Elles sont réalisées de mi-juin à mi-septembre en partenariat avec l’association « le Piaf ». Elles attirent principalement des familles ou des groupes d’adultes, français ou étrangers, qui recherchent une activité de nature, autant attrayante pour les enfants que pour les parents. Certains s’attendent à priori à une randonnée ou à un spectacle de volerie. Ils découvrent des animaux sauvages et libres dans une démarche d’observation naturaliste (jumelle, longue-vue, guide d’identification) complétée par un apport de connaissance oral et écrit (exposition) sur ces oiseaux et l’histoire de leur réintroduction.
Depuis 2000, nous avons réalisé 373 animations permettant de sensibiliser 5950 personnes dont un tiers d’enfants à l’intérêt de la protection et de la conservation de la nature au travers de la découverte et de l’observation des vautours.
Objectifs 2010 :
Poursuite du programme d’animations estivales.
Diffusion régulière des actualités sur les vautours via le site internet, le LPO PACA Infos et la presse.
Diffusion de la plaquette-poster via les professionnels du tourisme et les partenaires du programme.
La LPO PACA antenne Verdon basée à Castellane mène ce programme sous la direction et la gestion administrative du siège régional. Le local de l’antenne est à la fois un bureau pour les salariés et stagiaires et un lieu d’hébergement pour des stagiaires ou écovolontaires. L’équipe salariée est constituée par un permanent responsable du programme, titulaire du permis de baguage et du certificat de capacité pour vautours et par un ou deux salariés temporaires en soutien. Ils sont secondés par les bénévoles locaux, les stagiaires et les écovolontaires sur des opérations et des suivi spécifiques (mise en place de placette, suivi de la reproduction des V fauves et du V percnoptère, suivi des V moines réintroduits…).
Ces moyens humains s’appuient des moyens techniques appropriés : deux volières d’adaptation et un charnier à Rougon, un site de taquet aménagé, un véhicule C15 et bacs de transport, matériel informatique, matériel de suivi (longues-vues et jumelles de suivi et d’animation, récepteur et émetteurs télémétriques, GPS), matériel de baguage et d’escalade, petit outillage, une exposition Vautour fauve, des supports de communication (site internet, plaquette-poster, revue Faune et Nature).

Résultats attendus (indicateurs) :
Nombre de vautours moines relâchés (nombre d’oiseaux identifiés par an).
Evolution des paramètres écologiques (productivité, succès de reproduction, taux d’envol)
Suivi individuel des vautours (nombre de lectures de bagues et d’oiseaux différents identifiés par an).
Evaluation du domaine vital de la colonie (animation du réseau, collecte et géoréférencement des données, cartographies annuelles des déplacements et des curées en PACA).
Réseau de placettes en fonctionnement (nombre d’arrêtés préfectoraux et de placettes fonctionnelles, bilan annuel par placette)
Quantité et qualité de cadavres collectés et mises à disposition des vautours (traçabilité des cadavres, base de données et bilan annuel,)
Fonctionnement du site internet (nombre de visites, de pages vues et d’actualisations par an)
Diffusion des supports de communication (nombre de plaquettes/poster distribuées par an)
Nombre de sorties organisées sur le site (bilan annuel)
Nombre de personnes sensibilisées (bilan annuel)
Perspectives
A moyen terme :
Terminer la réintroduction du Vautour moine avec la libération d’un total de 50 vautours d’ici 2015.
Poursuivre la mise en place du réseau de placettes d’alimentation.
A long terme :
Maintien d’une population de Vautour fauve pérenne et d’un ou plusieurs couples de Vautour percnoptère dans le Grand canyon du Verdon.
Fixation d’une population de Vautour moine viable
Emancipation et autonomie alimentaire des vautours par l’équarrissage naturel au travers d’un réseau de placettes d’alimentation gérées par les éleveurs locaux.