La Grande Sauterelle verte

Grande sauterelle verte © Aurélien AudevardC’est à la tombée du jour, que des stridulations viennent perturber le calme des jardins. Ce chant si commun prend toute son ampleur dans le silence de la nuit. Il faut dire qu’il est synonyme, au même titre que le chant du Petit-duc scops, des ambiances estivales chères à notre enfance. Bien dissimulé dans la végétation, l’insecte ne sera découvert au hasard, que le jour venu. Grimpant nonchalamment dans les feuilles, un énorme orthoptère pourvu de grandes antennes n’inspire pas vraiment la confiance. Pourtant c’est bien la Grande sauterelle verte, pourvue de son long couteau inoffensif qui s’expose à notre vue.

 

Qui est-elle ?

Tout ce qui jaillit sous nos pieds n’est pas forcément une sauterelle. En effet, il s’agit bien souvent de criquets adeptes de sauts spectaculaires. La différence est cependant très nette, les sauterelles disposent de très longues antennes et disposent pour les femelles d’un long couteau à l’arrière du thorax, que l’on appelle tarière. Cet appendice permet aux femelles d’enfouir leurs œufs en profondeur. Les criquets quant à eux ne disposent pas de cet organe de ponte et montrent des antennes courtes. Outres ces différences visibles, les criquets sont principalement végétariens et terrestres alors que les sauterelles sont considérées comme carnassières et arboricoles.

 

Malgré sa taille comprise entre 30 et 42 mm, la Grande sauterelle verte surprend par son homochromie et reste difficile à voir lorsqu’elle ne bouge pas. Pourtant c’est l’un des plus grands orthoptères de France ! Sa coloration est entièrement verte avec le dessus de la tête, la partie supérieure des ailes et du thorax roux. Comme tous les insectes, elle possède trois paires de pattes mais la taille de ses pattes postérieures est démesurée lui permettant de prendre des impulsions pour faire des bonds de quelques centimètres. Par contre, ses longues ailes sont repliées sur le haut de son thorax, lui permettant des aptitudes au vol insoupçonnées.

 

La grande sauterelle verte est un insecte chanteur. Les stridulations se font entendre l’après-midi jusque tard dans la nuit pour attirer les femelles. Puissantes, ses notes portent loin, composant un chant haché avec des syllabes par groupes de 2.

 

Le terme chant est souvent mal employé, car les sauterelles comme les criquets n’émettent pas de son avec leur bouche mais avec le frottement de leurs ailes antérieures rigides. Celle du dessus présente une râpe stridulatoire sur sa face inférieure, qui vient glisser sur l’archet situé sur la face supérieure de l’autre aile. L’entrecroisement rapide provoque donc un son caractéristique pour chaque espèce et permet donc aux individus de se localiser à grande distance dans la végétation parfois dense.

 

Après un pseudo accouplement, le mâle dépose un spermatophore près de la tarière de la femelle dont le contenu va se déverser sur les voies génitales de la femelle. La ponte fait suite, avec un dépôt des œufs par groupes ou isolés, au niveau du sol. Ils sont de couleur brun-foncé, très allongés. Le développement des larves dure au moins un an et demi, jusqu’à 5 ans pour certains ! Les larves éclosent en avril, mais n’atteignent pas la taille adulte avant juillet.

 

Son régime alimentaire est principalement carnivore, constitué de tout ce qui lui tombe sous ses fortes mâchoires. Chenilles, mouches, punaises, doryphores sont ces proies favorites et lui donnent ainsi un rôle important dans son environnement.

 

Très répandu, la Grande sauterelle verte se rencontre dans toute l’Europe jusqu’à la Mongolie. Elle a fortement régressé ou disparu des zones d'agriculture intensive, mais est toujours bien présente dans les lieux incultes enherbés ou buissonnants, loin des traitements mécaniques ou chimiques…

 

Pour la voir

La Grande sauterelle verte est une espèce commune que l’on rencontre assez facilement à Hyères, dans le Var et également un peu partout en France. Le meilleur moyen pour vous de le voir, est de tendre l’oreille et de chercher la bête. Vous pouvez également favoriser sa présence par un entretien de votre jardin respectueux de l’entomofaune.