Vautours du Verdon

La réintroduction

Depuis une trentaine d’années, des efforts importants de conservation sont entrepris pour reconstituer les populations de certaines espèces animales disparues à l’échelle d’une région ou d’un Etat. La France figure dans le peloton de tête des pays où les réintroductions connaissent de francs succès, unanimement reconnues sur le plan international (Rapaces, ongulés, castor, lynx). Mais réintroduire une espèce ne s’improvise pas. Ces opérations de conservation se construisant généralement sur plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années, des règles strictes doivent s’appliquer avant d’initier un projet et de le mettre en œuvre.

 

Pourquoi réintroduire ?

Réintroduire une espèce animale soulève parfois des polémiques et des débats philosophiques passionnels : "Telle espèce a disparu ? C’est parce qu’elle n’avait plus sa place". Face à cet argument, on peut alors se demander quel est l’intérêt des mesures agri-environnementales pour la préservation de telle espèce de plante, pourquoi créer des réserves naturelles, classer des sites en ZPS... et pourquoi faire des associations de protection de la nature ? Répondrions-nous que c’est parce que la nature n’a plus sa place dans notre société ?

Les espèces réintroduites sont des victimes directes de l’action de l’Homme, essentiellement par destruction massive (tir, poison). Bien souvent, les habitats et ressources trophiques sont encore présents et capables de maintenir ces espèces sans artifice. Des oiseaux comme les vautours ou le Gypaète, ont été facilement éliminés car leur reproduction est très lente et qu’ils sont naturellement peu farouches. Et il est heureux de constater que ces espèces se maintiennent sans difficulté dans un monde moderne, pour peu qu’on leur garantisse un minimum de place et de considération.

Une réintroduction n’est ni plus ni moins qu’une mesure de conservation s’inscrivant dans la restauration des biocénoses perturbées par l’Homme. On pourra encore dire que c’est un « luxe » de pays riches et que l’on en oublie les véritables enjeux de la protection de notre environnement. Pourtant, c’est un juste retour des choses que de pouvoir offrir de nouveaux espaces à cette faune disparue. Les programmes de réintroduction s’articulent avec les autres problématiques environnementales et se déclinent aisément sur un panel plus large d’objectifs de conservation. La gestion d’une population animale réintroduite se répercute ainsi au delà de l’espèce stricto sensu, par une gestion globale des écosystèmes et des biocénoses qui y sont associés.

 

Procédure

Tout projet de réintroduction doit d’abord s’appuyer sur les orientations très strictes définies par l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN). Cet organisme a rédigé une charte de recommandations sur l’éthique et les exigences requises avant de lancer un projet, quelle qu’en soit son envergure. Au niveau français, toutes les demandes doivent dans tous les cas transiter par le Ministère de l’Environnement, qui sollicite à cet effet les experts scientifiques du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), seule autorité compétente au niveau national pour juger de la recevabilité, de l’intérêt et de la cohérence du projet. Pour résumer, toute réintroduction doit au moins s’appuyer sur les quatre exigences suivantes :

  1. S’assurer que l’espèce était présente historiquement dans la région désignée pour l’accueillir à nouveau, ou à défaut, permettre de prouver que le site de réintroduction est localisé dans l’aire biogéographique de l’espèce en question. C’est à dire que les milieux naturels et les potentialités d’accueil correspondent aux exigences propres à cette espèce.
  2. Pouvoir identifier et évaluer toutes les causes de disparition de cette espèce.
  3. S’assurer que toutes ces causes ont disparu, sinon y remédier avant de commencer le programme.
  4. Veiller à ce que le retour de l’espèce se fasse dans un contexte socio-culturel favorable, en privilégiant, longtemps avant le début des opérations de lâchers, une sensibilisation forte et une implication sans faille des autres usagers du milieu naturel.

Si ces conditions générales sont garanties, l’opération de réintroduction peut alors voir le jour. Il est en outre important de bien différencier les opérations de réintroduction, correspondant aux critères ci-dessus, des opérations d’introduction. Cette terminologie est primordiale à expliquer. En effet, une introduction se traduit généralement par des lâchers d’espèces exogènes dans des milieux qui ne sont pas originellement les leurs. De telles introductions en France continentale sont nombreuses : Mouflon de Corse, Colin de Californie, les faisans, de nombreux poissons, des écrevisses…

Ces introductions "contrôlées", ont bien souvent une finalité cynégétique ou halieutique. Des introductions "involontaires" sont également constatées depuis plusieurs années : Ragondin, Raton-laveur, Tortue de Floride, Vison d’Amérique, Cygne noir, Erismature rousse... De telles introductions provoquent le plus souvent des déséquilibres au détriment d’espèces autochtones vulnérables (Vison d’Europe, Cistude, sans oublier de nombreuses espèces de plantes).

 

Des opérations pionnières

Vautour fauve et Vautour moine dans les Grands Causses, Bouquetin et Chamois dans les Alpes, Castor dans les Cévennes, Lynx dans les Vosges, Vautour fauve dans la Drôme. Ours brun dans les Pyrénées centrales, Grand Tétras dans le Parc national des Cévennes, Gypaète barbu dans l’ensemble du massif alpin, Vautour moine dans la Drôme. Pygargue à queue blanche en Ecosse et en Israël, Milan royal en Angleterre, Condor de Californie en Arizona et en Californie... Enfin, il est important de souligner que des opérations de renforcement de populations ont également vu le jour ici et là, afin de consolider des noyaux d’effectifs condamnés à disparaître à court terme. On peut citer à titre d’exemple, le renforcement de la population jurassienne de faucons pèlerins dans les années 70, ou encore celui de la population de vautours moines sur l’île de Mallorque aux Baléares à la fin des années 80.

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