Le lac de Serre-Ponçon est souvent présenté comme un joyau naturel des Alpes du Sud et la plus grande réserve d'eau douce de Provence. Pourtant, derrière les paysages emblématiques et les plages labellisées, une autre réalité persiste : celle d'une pollution plastique diffuse, omniprésente et durable.
Depuis 2017, les bénévoles du groupe local LPO Écrins-Embrunais se mobilisent sans relâche pour nettoyer les berges du lac et documenter l'origine des déchets. Leur constat est sans appel : plus de 110 000 litres de déchets plastiques ont été extraits des rives et des zones humides de Serre-Ponçon en moins de 10 ans.
Une pollution venue de loin
Contrairement aux idées reçues, les déchets retrouvés sur les berges ne proviennent pas uniquement des activités de loisirs autour du lac. Une part importante de cette pollution trouve son origine dans d'anciennes décharges situées dans les vallées alpines.
Fragilisées par les crues et les épisodes météorologiques extrêmes, elles libèrent des déchets parfois âgés de plusieurs décennies qui sont ensuite transportés par les torrents et les rivières jusqu'au lac. Bouteilles anciennes, pneus, polystyrène, morceaux de plastique dur ou encore éléments industriels constituent un témoignage frappant de la persistance de ces matériaux dans l'environnement.
Des plastiques qui ne disparaissent jamais vraiment
Parmi les déchets les plus préoccupants, figure le polystyrène expansé. Sous l'effet du vent et des vagues, il se fragmente progressivement en microplastiques, puis en particules encore plus petites, extrêmement difficiles à récupérer. Ces fragments s'accumulent dans les sols, les sédiments et les milieux naturels, où ils peuvent persister pendant des siècles.
Cette pollution ne menace pas seulement les écosystèmes. Les recherches scientifiques alertent également sur les impacts potentiels des microplastiques sur la santé humaine. Présents dans l'air, l'eau et les chaînes alimentaires, ils sont désormais retrouvés dans de nombreux organes du corps humain.
Des sites naturels particulièrement touchés
Certaines zones concentrent davantage les déchets. C'est notamment le cas de la zone humide du Liou, un espace naturel remarquable où se reproduisent de nombreuses espèces patrimoniales. Lorsque les eaux du lac montent, puis se retirent, elles déposent des centaines de litres de déchets plastiques au cœur de cette biodiversité exceptionnelle. En 2025, près de 1100 litres de déchets y ont été ramassés.
Les roselières situées à proximité du plan d'eau d'Embrun sont également fortement concernées. Ces milieux naturels, favorables à la faune sauvage, deviennent de véritables pièges à déchets qui nécessitent des interventions régulières et minutieuses.
Une mobilisation exemplaire des bénévoles
Au fil des ans, des centaines de bénévoles se sont engagés dans cette action de longue haleine. En 2025 seulement, près de 9200 litres de déchets plastiques ont été ramassés lors d'environ 180 interventions représentant plus de 400 heures de terrain.
Ces opérations ont permis non seulement de retirer des milliers de déchets du milieu naturel, mais aussi de mieux comprendre leur origine, leur dispersion et leur persistance dans le temps.
Un enjeu collectif pour l'avenir
Alors que les bénévoles vieillissent et que les besoins restent considérables, une question demeure : qui prendra le relais pour assurer le nettoyage minutieux et régulier du plus grand réservoir d'eau douce de Provence ?
Face à une pollution qui menace à la fois la biodiversité, la qualité de l'eau et la santé humaine, la mobilisation de l'ensemble des acteurs du territoire apparaît aujourd'hui indispensable. Les efforts des bénévoles ont démontré qu'il était possible d'agir efficacement. Il appartient désormais à chacun, citoyens comme institutions, de faire de la lutte contre la pollution plastique une priorité durable.
Pour en savoir plus :
Lire le bulletin d'information septembre 2026 du groupe local
