Dans sa décision rendue mardi 26 mai 2026, le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision du préfet des Hautes-Alpes, qui avait refusé d’imposer à la SATG le dépôt d’une demande de dérogation aux interdictions de porter atteinte aux espèces protégées dans le cadre du projet de troisième tronçon du téléphérique de La Grave.
Il s'agit d'une belle victoire pour le collectif d'associations (la Grave autrement, Mountain Wilderness, SAPN/FNE 05, FNE PACA, FNE AURA, l'association Biodiversité sous nos pieds et la LPO PACA) opposées au projet.
Depuis plusieurs années ce projet d'extension fait l'objet de nombreux recours juridiques et questionne sur l'aménagement du glacier Girose alors qu'en 2050, on pourrait avoir perdu près de la moitié du volume actuel des glaciers alpins.
Ce jugement rappelle la nécessaire prise en compte de la biodiversité dans les projets d’aménagement, le Tribunal retenant que la question du gypaète barbu n’a pas été suffisamment traitée pour que les travaux puissent se poursuivre en l’état.
En effet l'obtention d'une dérogation est indispensable lorsqu’un projet comporte un risque suffisamment caractérisé pour une espèce protégée.
Surnommé le « casseur d’os », le Gypaète Barbu est un grand rapace nécrophage qui avait quasiment disparu de l’Hexagone en raison de persécutions liées à sa mauvaise réputation, de la raréfaction des herbivores sauvages et de l’évolution des pratiques agricoles.
La population de cette espèce demeure extrêmement fragile et les efforts mis en œuvre pour sa sauvegarde (programme LIFE GYP’ACT (2022-2028)) doivent être poursuivis et renforcés.
En effet, bien que strictement protégés par la loi, les gypaètes restent menacés par le braconnage, les éoliennes, l’essor du tourisme en haute montagne et les lignes électriques.
C'est ce dernier point qui a été retenu par le Tribunal pour suspendre les travaux : "En deuxième lieu, ainsi que le relève l’étude d’impact environnemental, les « câbles au-dessus du glacier de la Girose constituent un risque de collision avec les rapaces de montagne, et particulièrement avec le gypaète barbu » et « le linéaire du téléphérique représente un danger pour les grands rapaces » alors que la hauteur des câbles supportant le téléphérique est projetée entre 70 et 150 mètres. Par ailleurs, le plan national d’actions en faveur du gypaète barbu 2025-2034 fait état de l’électrocution et de la percussion de câbles aériens comme première cause de mortalité des gypaètes barbus en France et indique que la menace des câbles aériens dans les Alpes françaises est « à évaluer avec une mortalité sous-estimée mais probablement importante »."
Le dispositif anticollision prévu dans le projet n’a pas été jugé suffisamment efficace pour réduire ce risque et le porteur de projet doit revoir sa copie sur ce point.
Les effectifs réduits de cette espèce, combinés à une écologie spécifique et une maturité sexuelle tardive rendent la survie de chaque individu nécessaire au maintien de l'espèce dans l'arc alpin.
Notre association regrette en revanche que l'enjeu relatif à l'Androsace du Dauphinée , espèce florale récemment décrite, ne soit pas pris en compte, sa découverte récente ne lui permettant pas de bénéficier d'un cadre juridique encore défini.
Pourtant cette Primulacée, qui vit en haute altitude, en créant son propre micro-environnement pour survivre dans des conditions extrêmes est particulièrement exposée au réchauffement climatique avec une aire géographique particulièrement restreinte et le principe de précaution aurait du prévaloir pour garantir sa conservation.
Les glaciers présentent aujourd'hui un milieu particulièrement fragilisé et notre association restera pleinement engagée pour garantir la préservation de cet habitat fragile et protéger les espèces qui le fréquentent .