Alors que les populations européennes de pies-grièches déclinent fortement depuis plusieurs décennies, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur accueille la plus grande population de Pie-grièche méridionale en France. Qu’en est-il de l’évolution de ces populations présentes dans les garrigues de notre région ?
Pour y répondre, une vaste étude scientifique coordonnée par la LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur et menée en partenariat avec l’IMBE (Institut Méditerranéen Biodiversité et Écologie) vient d’être publiée dans la revue Bird Conservation International.
Discrète habitante des garrigues du sud de la France, la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis) est aujourd’hui classée « vulnérable » à l’échelle mondiale. Comme de nombreuses espèces des milieux ouverts, elle subit les conséquences des transformations des paysages méditerranéens : fermeture des habitats, abandon du pastoralisme, urbanisation croissante ou encore intensification agricole.
Suivre une espèce discrète dans des paysages modifiés
Observer la Pie-grièche méridionale n’est pas chose facile. Peu abondante, discrète et très sensible au dérangement, l’espèce peut facilement passer inaperçue, même lorsqu’elle est présente.
Entre 2013 et 2023, un important programme de suivi, réalisé dans le cadre d’un protocole standardisé, a donc été mis en place dans les garrigues des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Grâce à la mobilisation d’un réseau d’ornithologues bénévoles, environ 200 placettes de 25 hectares ont été suivies tous les 2 ans pour relever la présence de l’espèce et observer son comportement.
L’objectif : identifier les principaux facteurs environnementaux qui favorisent la présence de cette pie-grièche dans les garrigues. Les résultats montrent que les effectifs de Pie-grièche méridionale, estimés entre 331 et 647 couples nicheurs dans les garrigues de Basse-Provence, s’avèrent relativement stables sur la durée de l’étude. Mais cette stabilité cache des équilibres fragiles !
Réouverture du milieu par les incendies, ensoleillement et tranquillité : les clés d’un habitat favorable
L’étude met effectivement en évidence plusieurs facteurs essentiels pour la conservation de la Pie-grièche méridionale. Les secteurs récemment brûlés apparaissent particulièrement favorables à l’espèce. En maintenant des milieux ouverts, avec une végétation basse et des zones de sol nu, les incendies favorisent l’ouverture des milieux.
Les zones les plus ensoleillées accueillent également davantage d’individus, notamment lorsque les incendies récents ont permis de conserver une structure de végétation ouverte, ce qui favorise probablement l’abondance des insectes dont se nourrit la pie-grièche méridionale, facilitant alors sa technique de chasse.
À l’inverse, la proximité des routes, bâtiments et infrastructures humaines réduit fortement la probabilité de présence de l’espèce. L’étude confirme ainsi l’importance de préserver de grands espaces naturels peu fragmentés et peu fréquentés. Ces résultats nous rappellent à quel point les paysages méditerranéens sont vivants et changeants. Ils montrent aussi que certaines perturbations naturelles, comme les incendies, peuvent jouer un vrai rôle écologique positif, à condition bien sûr qu’elles restent en phase avec le fonctionnement naturel des écosystèmes.
Une nouvelle dynamique avec le projet PREGO
Cette étude constitue une étape importante pour mieux comprendre les besoins écologiques de la Pie-grièche méridionale et orienter les futures actions de conservation. Elle démontre à quel point ces mosaïques de milieux ouverts constituent un enjeu majeur pour la biodiversité méditerranéenne.
Dès aujourd'hui, ce projet ouvre la voie à de nouvelles actions concrètes, menées dans le cadre du PREGO (Programme de Restauration Ecologique des Garrigues Ouvertes). L'objectif ? Améliorer la gestion des milieux de la Pie-grièche méridionale, et mieux comprendre le fonctionnement des populations et des écosystèmes.
Grâce à l’engagement des bénévoles, des chercheurs et des gestionnaires d’espaces naturels, la Pie-grièche méridionale continue encore de trouver refuge dans les garrigues de Provence. Reste désormais à garantir durablement l’avenir de ces écosystèmes complexes.
La LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur tient à remercier vivement l’ensemble des observateurs bénévoles pour leur participation aux recensements menés dans le cadre de cette étude.
