Jusqu’au 30 juillet 2026, le ministère chargé de la chasse consulte le public sur le projet d’arrêté fixant la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) pour la période 2026-2029.
Ce texte détermine, département par département, les espèces qui pourront faire l’objet de destructions par tir, piégeage ou, dans certains cas, déterrage, y compris en dehors des périodes habituelles de chasse.
Pour la LPO PACA, cette consultation est une occasion importante de rappeler qu’une gestion de la faune sauvage doit reposer sur des données scientifiques solides, le respect du droit de l’environnement et la prise en compte du rôle fondamental des espèces dans les écosystèmes.
Un classement qui doit rester exceptionnel et rigoureusement justifié
Le classement d’une espèce en ESOD constitue une dérogation importante au principe de préservation de la biodiversité. Il ne peut être justifié que lorsqu’il existe des dommages significatifs, objectivement démontrés et attribuables à l’espèce concernée.
Or, les récentes décisions du Conseil d’État ont rappelé avec force que l’administration doit apporter des justifications précises, fondées sur des éléments scientifiques et factuels suffisamment robustes. La présence d’une espèce sur un territoire ou la reconduction de classements antérieurs ne peuvent, à elles seules, justifier son inscription sur une liste d’ESOD.
Les décisions concernant le Putois d’Europe ou la Martre des pins ont ainsi confirmé la nécessité d’une évaluation rigoureuse fondée sur l’état de conservation des espèces et sur des données actualisées.
Des destructions dont l’efficacité reste à démontrer
L’un des principaux enjeux de ce projet d’arrêté réside dans la question de l’efficacité réelle des mesures de destruction autorisées.
Avant de permettre des prélèvements renforcés, il apparaît indispensable de démontrer que ces mesures réduisent effectivement les dommages qu’elles sont censées prévenir. Or, de nombreux travaux scientifiques soulignent que les campagnes de destruction généralisées n’apportent pas toujours les résultats escomptés et peuvent parfois produire des effets contre-productifs en perturbant l’organisation naturelle des populations animales.
Plus largement, le principe de proportionnalité impose que les mesures les plus impactantes pour la faune sauvage ne soient utilisées qu’en dernier recours, après l’examen de solutions préventives ou non létales.
Une biodiversité indispensable à l’équilibre des territoires
Les espèces concernées par le classement ESOD remplissent des fonctions écologiques essentielles.
Le Renard roux contribue à la régulation naturelle des populations de rongeurs. Les mustélidés, tels que la martre ou la belette, participent également au contrôle des micromammifères. Les corvidés interviennent dans la dispersion des graines et dans l’élimination de matières organiques.
Ces services écosystémiques profitent directement au fonctionnement des milieux naturels mais aussi aux activités humaines.
Pour la LPO PACA, toute décision de gestion devrait reposer sur une véritable analyse coûts-bénéfices, intégrant non seulement les dommages éventuellement constatés, mais également les bénéfices écologiques apportés par les espèces concernées.
Des données qui méritent davantage de transparence
La fiabilité des données utilisées pour justifier les classements constitue également un sujet majeur.
Dans de nombreux cas, l’identification de l’espèce responsable des dégâts demeure complexe. Certaines déclarations reposent sur des présomptions ou sur des observations indirectes, sans expertise permettant d’établir avec certitude l’origine des dommages.
Cette difficulté renforce la nécessité de disposer de méthodes d’évaluation transparentes, harmonisées et scientifiquement robustes avant toute autorisation de destruction à grande échelle.
Privilégier une réponse adaptée aux réalités locales
Lorsqu’un dommage est avéré, il n’est pas nécessairement présent à l’échelle d’un département entier.
Pourtant, le projet d’arrêté prévoit encore de nombreux classements couvrant de vastes territoires. Une gestion plus proportionnée consisterait à limiter les mesures aux seuls secteurs où des atteintes significatives sont effectivement démontrées.
La territorialisation des décisions permettrait d’éviter des destructions dans des zones où aucun problème particulier n’est constaté, tout en maintenant la possibilité d’intervenir localement lorsque cela est réellement nécessaire.
Participez à la consultation publique
Chaque citoyenne et chaque citoyen peut contribuer à cette consultation jusqu’au 30 juillet 2026.
Si vous estimez que ce projet d’arrêté ne garantit pas suffisamment une gestion scientifiquement fondée, proportionnée et respectueuse de la biodiversité, vous pouvez déposer une contribution avec le titre :
« Défavorable »
Vous pouvez notamment demander :
- une justification scientifique plus solide des classements proposés ;
- une meilleure prise en compte de l’état de conservation des espèces ;
- l’évaluation de l’efficacité réelle des destructions autorisées ;
- la prise en compte des services écosystémiques rendus par les espèces concernées ;
- une territorialisation plus fine des mesures aux seules zones où des dommages importants sont objectivement établis ;
- le développement prioritaire de solutions préventives et non létales.
La nature a besoin de votre mobilisation
Alors que l’érosion de la biodiversité s’accélère, chaque décision concernant la faune sauvage revêt une importance particulière.
Les consultations publiques permettent aux citoyens de participer directement aux choix qui engagent l’avenir de notre patrimoine naturel. En faisant entendre votre voix, vous contribuez à promouvoir une gestion de la faune fondée sur la connaissance scientifique, le respect du vivant et la recherche d’un équilibre durable entre les activités humaines et la biodiversité.
Mobilisons-nous avant le 30 juillet 2026 pour défendre une approche plus exigeante et plus respectueuse de la nature.