Crabier chevelu © Aurélien AudevardCaché dans la végétation aquatique, un gros œil jaune immobile surveille très attentivement la surface du canal. Peu à peu un long bec sort de la végétation, un long coup se détend pour frapper à une vitesse prodigieuse la surface de l’eau. Le petit poisson est aussitôt ingurgité. Agrippé à des tiges de roseaux, le Crabier chevelu vient d’arriver d’Afrique et restera quelques jours avant de reprendre sa migration.

 

Qui est-il ?

Avec ses cinquante centimètres pour un poids de 250 grammes, le Crabier chevelu est un petit héron qui se reconnaît à ses ailes blanches et son aspect général jaune ocre. A faible distance, l’adulte en plumage nuptial porte une crête formée de longues plumes fines frangées de noir, tombant derrière la tête comme une chevelure. Les longues plumes de son dos sont roux rosé, couvrant ses ailes blanches pour le rendre plus discret. Son bec en forme de poignard, est verdâtre à bleu, avec l’extrémité sombre. Ses pattes courtes n’en sont pas moins de formidables outils pour grimper et traverser des endroits instables.

 

Souvent solitaire, le Crabier chevelu est un oiseau discret ne se déplaçant qu’au crépuscule et dans une végétation dense. Il possède un régime alimentaire assez varié. Il capture des insectes, des amphibiens, des reptiles et des petits poissons. Les insectes tels que les orthoptères, les gros coléoptères aquatiques et les odonates représentent cependant une grosse partie de son menu.

 

Notre petit héron ne nidifie pas dans le Var. Ses milieux de prédilection sont les marais d’eau douce, les étangs et les mares, les prairies inondées et les rizières. Les oiseaux que nous rencontrons ne font que des étapes avant de rejoindre la Camargue, l’Italie ou les pays de l’est. Le Crabier chevelu est en Europe principalement cantonné aux bassins méditerranéen, de la mer Noire et de la mer Caspienne. Il niche également en faible nombre en Afrique du Nord. Ailleurs, l’espèce se reproduit en Afrique jusqu’au sud du continent, ainsi qu’à Madagascar.

 

Nicheur arboricole, le Crabier chevelu aime s’associer à d’autres espèces coloniales comme l’Aigrette garzette, le Bihoreau gris, le Héron garde-bœufs. C’est en mai que notre crabier va s’installer en petits nombres dans les héronnières, en construisant son nid dans des buissons de saules, de peupliers, de chênes, de tamaris entre deux et cinq mètres de hauteur. Le nid sommaire est fait de quelques brindilles et garni de quatre à six œufs qui seront incubés durant un peu plus de trois semaines par les deux partenaires. Les jeunes vont être élevés durant plus d’un mois et prendront ensuite leur envol. C’est en août que les premiers mouvements migratoires vont débuter pour rejoindre les zones humides d’Afrique tropicale, du delta du Nil et du Moyen-Orient.

 

En France, le statut de conservation a nettement évolué au cours des trente dernières années. De 106 couples en 1989, les effectifs ont évolué favorablement en passant à 576 en 2007, puis 620 en 2014. Cette croissance résulte principalement de la dynamique de la population camarguaise qui ne cesse de progresser et regroupe plus de 98% des effectifs nicheurs français.

 

Pour le voir...

Le Crabier chevelu est présent uniquement aux périodes migratoires sur la frange littorale varoise. Afin de mettre toutes les chances de votre côté pour l’observer, des sorties nature dans les salins de Hyères sont organisées par la Ligue pour la Protection des Oiseaux en partenariat avec la Communauté d’Agglomération Toulon Provence Méditerranée. Peut-être aurez-vous l’occasion de faire sa connaissance en compagnie de spécialistes des oiseaux. Les prochaines sorties sont prévues les 10 et 11 mai à 08h45, respectivement aux Pesquiers et aux Vieux salins. Réservations au 04.94.01.09.77.