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conférence chiroptères © Éric GeorgeaultCe samedi 02 août, à l’occasion du cycle de conférences annuelles organisées par la LPO PACA en partenariat avec la commune de Vitrolles, Laetitia Bantwell, bénévole de longue date du GCP (Groupe des Chiroptères de Provence) a réalisé une conférence sur les chiroptères en Provence.

Vingt-trois personnes étaient présentes lors de cette conférence et ont pu en apprendre plus sur la biologie, les mœurs et la répartition de nos seuls mammifères volants français et mondiaux.

 

En introduction de la conférence, Mme Bantwell a tenu à rétablir quelques légendes qui collent à la peau de ces animaux et qui leur donnent malheureusement mauvaise réputation :

  • Non les chauves-souris ne sont pas des êtres assoiffés de sang !

Il existe bel et bien des chauves-souris hématophages (qui se nourrissent de sang) qui sont présentes seulement sur le continent sud-américain. Ces espèces, très petites de l’ordre de quelques grammes « s’attaquent » majoritairement aux animaux de ferme (vaches, cochons, chevaux). Elles incisent la peau de l’animal grâce à leurs dents très coupantes et se nourrissent du sang s’échappant de la plaie. Même si plusieurs chauves-souris « s’attaquent » en même temps à un individu, le risque de mettre la vie de l’animal en péril est nul. En effet chaque chauve-souris se nourrit de quelques gouttes de sang qui les rassasient pour la nuit. Par contre, des maladies peuvent être transmises à l’animal et ce sont elles qui nuisent à sa santé.

  • Non les chauves-souris ne s’accrochent pas dans les cheveux des femmes !

Cette légende nous vient du moyen-âge et était répandue par les hommes pour éviter que leurs femmes ne sortent pendant la nuit. C’était donc un prétexte totalement inventé pour garder madame à la maison pendant que monsieur partait faire ces affaires à la nuit tombée.

  • Elles ne portent pas malheurs !
  • Elles ne sont pas aveugles !
  • Elles ne sont pas prolifiques !

Chauves-souris elles n’en ont que le nom. En effet, génétiquement les chauves-souris ne sont pas du tout apparentées aux souris. C’est un peu comme dire que les chats sont les cousins des chiens. Nous verrons par la suite que les chauves-souris ne sont pas prolifiques, bien au contraire.

L’ordre des chiroptères est apparu il y a peu près 50 millions d’années, des fossiles découverts dans les Alpes de hautes Provences (04) datent de 35 millions d’années. Ces animaux n’ont quasiment jamais changé d’apparence au cours de l’évolution, preuves qu’ils étaient et qu’ils sont toujours très bien adaptés à leur environnement.

Dans le monde on compte environ 1200 espèces de chiroptères, soit près de 1/5 de tous les mammifères existants. 2/3 d’entre elles sont insectivores, les autres sont frugivores ; pollinivores ; sanguinovores …

La plus petite chauve-souris au monde pèse 4 grammes et mesure 8 centimètres d’envergure, la plus grande pèse 1,4 kilogramme et fait presque 2 mètres d’envergure.

En Europe, il existe aujourd’hui 37 espèces de chiroptères, 35 pour la France et 31 espèces pour la région PACA. La région PACA possède 87% des espèces européennes et a donc un rôle majeur à jouer dans leur conservation ! Cela s’explique par le fait de l’extrême diversité des paysages et donc des habitats naturels (montagnard, forestiers, méditerranéen, plaine, falaises etc…) qui conviennent par conséquent à un grand nombre d’espèces différentes.

 

Caractéristiques morphologiques

Les chauves-souris sont dotées de mains (chiro) et d’ailes (ptères), ce sont d’ailleurs les seuls mammifères qui « volent activement » dans le monde. Leurs ailes sont constituées d’une membrane de peau très fine et fragile appelée le patagium. Cette membrane, outre le fait qu’elle soit un organe indispensable pour voler, sert aussi de régulateur de température pour l’animal. En effet, le patagium est très vascularisé et sert à évacuer la chaleur excédante du corps de l’animal. La température interne des chiroptères est aux alentours de 41°C.

Certaines chauves-souris disposent d’une morphologie très bien adaptée à la vie la tête en bas. Elle dispose de pieds, d’un système vasculaire et d’organes faits pour dormir et hiberner la tête en bas. Cette position est une position très relaxante pour l’animal qui ne se sert d’aucun muscle. Ce sont des tendons qui sont situés dans les pattes et les pieds de l’animal qui verrouille la position.

Les chiroptères européens ont une dentition de carnivores, avec des dents très pointues et acérées leur servant à broyer leurs proies de prédilections qui sont les insectes. Ce sont des insectivores stricts.

 

Biologie des espèces

Le cycle de vie de ces animaux est marqué par deux saisons bien contrastées.

cycle de vie chiroptères

 

La saison de reproduction chez ces petits mammifères est assez lente compte tenu de leur taille, celle-ci se déroule sur une année entière :

  • automne : les accouplements ont lieu, les adultes font leur réserve de graisse pour passer l’hiver
  • hiver : pendant l’hibernation, les femelles gardent le sperme des mâles dans leurs voies génitales et attendent de meilleures conditions pour « mettre en route » la gestation
  • printemps : au retour des beaux jours et des insectes, les adultes sortent de leur léthargie et les femelles démarrent leur gestation
  • été : après une gestation d’environ 45 à 90 jours selon les espèces les femelles mettent bas un seul et unique juvéniles (très rarement des jumeaux).

Les chiroptères occupent des gîtes (lieux de repos) très variés selon les espèces et les milieux. Nous pensons bien sûre immédiatement aux grottes où elles se suspendent la tête en bas mais d’autres gîtes sont occupés : arbres creux, greniers, derrière des volets ou sous les tuiles d’une maison, anfractuosités dans des falaises etc …Ces différents gîtes dépendent de la biologie et de l’habitat naturel spécifique à chaque espèce.

Pour se nourrir, les chiroptères selon les espèces ou groupes d’espèces, occupent différents niveaux ; strate ; altitudes dans l’environnement et évite ainsi une compétition alimentaire entre espèce, dite compétition interspécifique.

Exemple de lieux de chasses par espèces :

  • Cours d’eau, rivière, mare, étang - Murin de daubenton
  • Ripisylve - Murin de natterer
  • Milieu ouvert - Pipistrelle commune
  • Milieu forestier, strate arbustive - Grand Murin / Grand rhinolophe
  • Milieu forestier, strate arborescente - Oreillards
  • Milieu forestier, canopée - Sérotine commune
  • En altitude jusqu’à plusieurs centaines de mètres - Noctule commune

Bien qu’elles ne soient pas aveugles, les chiroptères chassent la nuit sans utiliser leur vue mais en utilisant un système ingénieux inventé par la nature bien avant l’être humain : l’écholocation.

Il permet à ces animaux de localiser les éléments de leur environnement et repérer leur nourriture ou leurs proies dans des milieux où la vue est inefficace à cause du manque de lumière (nuit, grotte, profondeur marine, turbidité de l'eau pour les mammifères marins).

Les chauves-souris disposent d’un organe spécifique situé dans leur gorge qui envoie (émetteur) des ultrasons. Ces ondes sonores rebondissent sur un obstacle et créent un écho qui est capté par les oreilles spécialisées (récepteur) de la chauve-souris. Ensuite, le cerveau de l’animal traduit en quelques millièmes de seconde l’écho des ondes sonores en carte graphique de l’environnement. Ainsi la chauve-souris « voit » devant elle et peut se déplacer et chasser librement à une vitesse relativement importante. Ce système est analogue des sonars des bateaux ou des sous-marins.

Cette technique, très efficace depuis des millions d’années permet à ces mammifères de repérer de petites proies comme des moustiques ou petits papillons de nuit en plein vol.

sonar

 

Les chiroptères de Provence

En Provence, il existe 4 grandes familles de chiroptères toutes insectivores et toutes protégées par les lois françaises et européennes.

  • Les Rhinolophidés: 3 espèces sont présentes en PACA, 1 est malheureusement éteinte dans la région. Elles sont caractérisées par un nez en forme de feuille.

Exemple : le Grand rhinolophe - Rhinolophus ferrumequinum

 

  • Les Minioptéridés: 1 espèce en France, très grégaire et strictement cavernicole.

Exemple : Le Minoptère de Schreibers - Miniopterus schreibersii

 

  • Les Molossidés : spécialistes des falaises et font partie de la famille des chiroptères tropicaux.

Exemple : Le Molosse de Cestoni - Tadarida teniotis

 

  • Les Verspertillionidés : la famille plus représenté en PACA et en France

Exemple :

  • Les Pipistrelles, 4 espèces
  • Les Oreillards, 3 espèces, caractérisées par leurs très grandes oreilles
  • Les Sérotines, 1 espèce
  • La Barbastelle d’Europe, 1 espèce et très rare en PACA
  • Les Noctules, 3 espèces dont la plus grande de France
  • Les Murins, 11 espèces, les plus nombreux et tous différents

 

Les Menaces

L’ordre des chiroptères est un groupe de mammifères très diversifiés en espèces mais relativement en danger en France ainsi qu’en Europe. Leur déclin, outre les dangers naturels : prédation, maladie est aggravé par les activités humaines :

  • utilisation massive de pesticides qui contaminent les insectes ou les font disparaître ou par l’utilisation de produit toxique sur les charpentes.
  • destruction de leur habitat par une agriculture intensive, une augmentation des espaces urbain et périurbain, une uniformisation des paysages et l’assèchement des zones humides.
  • le dérangement et le braconnage par la fréquentation des grottes, la destruction des gîtes et le vandalisme …

Les chiroptères, mise à part le fait qu’ils font partie de notre riche biodiversité et représentent un patrimoine naturel à sauvegarder, rendent des services à l’être humain.

Une chauve-souris consomme en moyenne ¼ de son poids en insectes par nuit soit environ 4000 moustiques. Une colonie de 4000 chauves-souris consomme 3 tonnes d’insectes en 6 mois.

Aux USA des chercheurs ont estimé le service rendu par les chauves-souris entre 3,7 et 53 milliards de dollars/an d’économie en insecticides non répandus.

 

Les moyens individuels pour les aider

  • Eviter les pesticides dans les jardins et les traitements des charpentes avec des produits toxiques.
  • Ne coupez pas les vieux arbres, qui abritent une riche biodiversité en plus des chauves-souris
  • Ne les chassez pas de chez vous et accueillez-les avec des gîtes en bois
  • Ne les dérangez pas si vous en croisez et évitez la fréquentation des grottes habitées par celles-ci.

 

A la fin de la conférence énormément de questions ont été posées à Madame Bantwell qui a su répondre à toutes les questions avec un savoir et des connaissances dignes d’un spécialiste du sujet.

La LPO PACA tiens à remercier Laetitia Bantwell pour sa conférence passionnante, riche d’informations pertinentes et d’anecdotes.

La prochaine conférence aura lieu le samedi 21 septembre à la médiathèque de Vitrolles et portera sur « Les Abeilles et la biodiversité ». Elle sera présentée par Sophie Berton, Apicultrice de métier.

Lien de l’évènement : http://paca.lpo.fr/sorties-nature/agenda/8661-conference-abeilles-et-biodiversite-8661