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Pose d'un nichoir à martinets au quartier Chalucet à Toulon © Annabelle LHUILLIER-BONNALD’après une étude publiée en 2019 par l’ADEME, la rénovation consomme 80 fois moins de matériaux que la construction neuve [1]. Comment rénover des bâtiments en préservant l’habitat des espèces cavernicoles ? Quels matériaux de construction favoriser pour accueillir la faune du bâti et être moins impactant sur les écosystèmes ? Comment restaurer une façade historique sans déloger les espèces qui s’y abritent ?

La 26e rencontre du Club U2B s'est tenue le 7 décembre en visioconférence sur le thème Ecomatériaux, rénovation et espèces du bâti. Ce Club a vocation à proposer des solutions techniques au défi de la rénovation énergétique et à la prise en compte de la "biodiversité grise" [2] ou "ex-situ" dans la construction.

Katherine Dubourg, administratrice de la LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur, particulièrement engagéé sur le thème "Biodiversité et patrimoine bâti", a présenté les actions développées à Toulon au travers d'un diaporama "Du PLU aux rénovations de façades la protection de l’habitat des martinets de Toulon" que vous trouverez en téléchargement ici.

 

L'envol de Nat'H Nature Harmonie, la start-up des nichoirs du bâtiment

Les nids à martinets ont redonné du sens à sa vie professionnelle : ancien directeur d’usines de préfabrication béton dans la région de Marseille, Olivier Winock s’apprête à boucler le premier exercice de la SAS unipersonnelle Nat’H - Nature Harmonie et permet à la LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur de pouvoir bénéficier d'un partenaire engagé sur le thème "Urbanisme bâti et biodiversité".

Son expérience de la préfabrication, sa maîtrise du dessin et ses moules 3D ont changé de cible : Olivier Winock se met désormais au service de l’habitat des oiseaux, sans rien perdre de son expertise issue de 25 ans de direction d’usines de préfabrication béton. De cette nouvelle vocation d’interface entre bâtiment et ornithologie, est née l’entreprise Nat’H – Nature Harmonie, en décembre 2019 à Alleins (Bouches-du-Rhône).

Nid artificiels posés au nouveau quartier Chalucet à Toulon © Katherien Dubourg

 

Succès international

Déclinés en modules de une à trois chambres – soit un mètre de long pour ces derniers – les nids de martinet ont alimenté la majorité du premier exercice, avec un prix unitaire moyen d’environ 50 euros. Mais la gamme ne cesse de s’étendre à d’autres volatiles cavernicoles, dont les mésanges, les chouettes ou les chauves-souris. Pour ces dernières, « la demande est venue  d’un naturaliste d’Eiffage à la recherche de gîtes adaptés à ses ponts », raconte Olivier Winock.

A chaque espèce son habitat, et à chaque ouvrage sa problématique d’intégration, étudiée en amont avec les architectes. Le bouche à oreille diffuse rapidement l’expertise de la start-up, jusqu’en Italie, en Espagne, en Belgique et en Suisse. « L’activité de conseil occupera une part importante du développement à venir, tant pour l’intégration architecturale que pour l’aide à la pose », prévoit l’entrepreneur.

 

Béton de bois

Après la vente directe aux entreprises, les tests sur le marché des particuliers ont confirmé les espoirs de Nat’H – Nature Harmonie, via une enseigne locale spécialisée. Dans des vergers et des oliveraies, Olivier Winock a placé ses premiers nids auprès d’une clientèle d’agriculteurs en quête de solutions alternatives aux intrants chimiques, pour lutter contre les insectes.

En perpétuelle recherche d’innovations tant dans le design que dans les réponses aux demandes spécifiques, Nat’H Nature Harmonie parie sur une déclinaison du matériau de prédilection de son fondateur : le béton de bois. Olivier Winock en détaille les ingrédients : ciment bas carbone fourni par Lafarge, fibre végétale, copeaux de bois, sable et gravier. Sur le plan technique, l’une des principales innovations en cours de développement concerne les tubes d’accroche avec rupture de pont thermique, pour les façades isolées par l’extérieur.

 

Le déclic de Toulon

Tout a basculé voici deux ans : « Confrontée à une pénurie de nids, la ligue pour la protection des oiseaux (LPO) avait sollicité la délégation régionale de l’Union nationale de l’industrie des carrières et matériaux de construction (Unicem) de Provence Alpes Côte-d’Azur », raconte Olivier Winock. « Seul fabricant européen spécialisé dans les nichoirs à martinets, l’entreprise familiale allemande Schwegler ne parvenait plus à répondre à la demande », confirme Katherine Dubourg, administratrice nationale de la LPO.

Or, la demande locale explose, sous l’impulsion de la ville de Toulon, sacrée « capitale européenne de la biodiversité » en 2018 pour ses prescriptions volontaristes dédiées à l’habitat de l’oiseau cavernicole.  Après le constat des hécatombes provoquées par la rénovation des quartiers anciens, les campagnes de ravalement de façades servent de vecteurs à la diffusion de nouvelles pratiques.

 

Effet boule de neige

Depuis, l’effet boule de neige ne cesse de s’amplifier : la métropole Toulon Provence Méditerranée et la ville de la Seyne ont embrayé. Des chantiers de grande envergure prennent le relais : 140 nids vont équiper la future Cité administrative de Toulon, sous maîtrise d’ouvrage d’Etat ; l’agence Vezzoni Architectes en programme 92 dans les cinq bâtiments issus de la reconversion de l’ancien hôpital Chalucet.

La demande toulonnaise a servi de rampe de lancement à Nat’H- Nature Harmonie, qui programme une première embauche au début 2021. Habitué aux sourires inspirés par sa réorientation professionnelle, notamment ceux de son banquier et de ses anciens collègues, Olivier Winock garde lui aussi une humeur joyeuse, lorsqu’il évoque le potentiel industriel de son entreprise. Dès cette année et grâce au soutien de la communauté d’agglomération Agglopôle Provence, une première marque de reconnaissance institutionnelle s’est traduite par le label Initiative remarquable.

Source : https://www.lemoniteur.fr/article/nichoirs-et-batiment-une-start-up-s-envole.2117364

 

 

[1] « Prospectives 2035 et 2050 de consommation de matériaux pour la construction neuves et la rénovation énergétique BBC »

[2] Par analogie avec l’énergie "grise", la biodiversité « grise » se comprend comme le cumul des impacts positifs et négatifs sur les écosystèmes et la biodiversité sur l’ensemble du cycle de vie d’un matériau ou d’un produit (équipement, énergie) : la production, l’extraction, la transformation, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l’utilisation, l’entretien puis pour finir le recyclage.